L’IA générative et la réécriture des narratifs historiques en Afrique postcoloniale

Par Martin Raymond Willy Mbog Ibock
Français

Cet article examine l’influence de l’intelligence artificielle générative sur la formation et la diffusion des mémoires historiques dans l’Afrique postcoloniale. S’appuyant sur une étude de terrain conduite au Sénégal, au Kenya et au Nigéria (45 entretiens semi-directifs, corpus de 12 500 verbatims numériques et 300 tests algorithmiques comparatifs), la recherche analyse la manière dont les modèles linguistiques mondiaux, bien qu’appréhendés comme des instruments technologiques neutres, opèrent en réalité comme des mécanismes d’extraction et d’uniformisation sémantique. Premièrement, nous mettons en évidence comment la matérialité des algorithmes et la géopolitique des données instituent une forme de « colonialité numérique », confinant les récits historiques africains dans des cadres probabilistes définis par le Nord Global. Deuxièmement, nous étudions les tactiques de résistance déployées par les utilisateurs locaux. Grâce à une ingénierie des prompts à visée décoloniale et à des pratiques de « braconnage » sémantique (illustrées par des cas concrets comme le jailbreaking mémoriel sur la révolte des Mau Mau ou la génération d’images d’architectures postcoloniales), ces acteurs parviennent à subvertir les architectures computationnelles afin de réintroduire des subjectivités et des vérités marginalisées par la « bibliothèque coloniale » numérisée. L’article s’achève sur l’aporie d’une souveraineté numérique qui, bien que recourant à la ruse, demeure structurellement tributaire d’infrastructures exogènes, invitant à une rupture matérielle (via des initiatives comme Masakhane ou Lelapa AI) pour une décolonisation effective de la pensée.

  • Afrique postcoloniale
  • Braconnage
  • Colonialité des données
  • Intelligence artificielle
  • Mémoire
  • Souveraineté numérique.
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