IA et droit : un mariage heureux ?
Bien que nombreux, les travaux sur le développement de dispositifs algorithmiques et d’IA dans le domaine de la justice tendent à se pencher soit sur la conception des outils, soit sur leurs usages, ce qui invisibilise les phénomènes qui se jouent à l’intersection des deux. À rebours de la tendance générale, cet article s’appuie sur une enquête par entretiens menée auprès de concepteurs et d’utilisateurs d’un même dispositif pour proposer une analyse croisée de sa production et de son utilisation.Cette recherche permet d’établir deux résultats principaux. Premièrement, l’outil étudié ne relève pas d’une approche strictement quantitative du droit : le processus de conception implique non seulement des informaticiens et des scientifiques, mais également des personnes formées en droit, afin que les résultats produits ne soient pas incohérents avec la logique des utilisateurs. Deuxièmement, les utilisateurs de l’outil ne reprennent pas les chiffres proposés tels quels. Ils les mobilisent en regard d’autres éléments (textes de lois, méthodes de calcul, recherches juridiques) et les interprètent à la lumière de leur expérience juridique et de leur connaissance des limites du dispositif.Afin de comprendre la manière dont les dispositifs algorithmiques et d’IA pourraient influencer le fonctionnement de la justice, il est donc nécessaire d’analyser l’articulation entre notions juridiques et logiques informatiques que supposent ces outils, et ce, tant au moment de leur conception qu’à celui de leur utilisation.
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